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Dossier


Bruxelles en selle

Un an déjà et un réseau taille XL. Le Villo bientôt sur tout BXL ? Deux organisations cyclistes, le Gracq et Pro Velo, et un entrepreneur industriel, JC Decaux, se félicitent d’une initiative vélocipédique qui convertit de nouveaux adeptes et semble bousculer les idées reçues sur la pratique du vélo à Bruxelles.

Déjà un an de présence à Bruxelles pour les Villo. Un an et quelques balbutiements, les premiers pas, et un bébé qui marche fier et droit. Malgré une certaine surcharge pondérale, le Villo roule sur ses propres deux roues et étendra bientôt son réseau à quelque 180 stations. La première dent est sortie sans trop de douleur, la deuxième est prête à pousser.

Concrètement, avec la fin de la première phase, Bruxelles comptera à terme 2 500 vélos en libre-service répartis sur onze communes. Après les pionnières qu’étaient Molenbeek, Anderlecht, Saint-Gilles, Saint-Josse, Jette et Bruxelles-Ville, ce n’est qu’une question de jours ou de semaines pour les nouvelles venues que sont Schaerbeek, Etterbeek, Ixelles, Koekelberg, et Berchem. Le maillage intercommunal et régional se met doucement mais sûrement en place.
Pour célébrer l’événement et fêter l’anniversaire du premier réseau de ce type en Belgique, les parents JC Decaux parlent marketing, concept, utilisateurs, chiffres, publicité, financement, tendances et lancement d’offres.

“Plus d’un million de kilomètres parcourus et 240 000 tonnes de carbone économisée. Le Villo a trouvé son public, une majorité de 25-46 ans, et a trouvé son usage. 6 500 abonnés longue durée ont été séduits par l’initiative. C’est beaucoup et ce n’est pas beaucoup à la fois. Il faut relativiser”, même si récemment un “record a été battu avec 9 311 déplacements entre le 17 et le 23 mai”, commente Jean-Sébastien Decaux – administrateur-délégué de l’entreprise française.

Un réseau B-XL ?

Le dernier maillon de la chaîne des transports publics fait des émules et la direction commerciale de JC Decaux veut en séduire de nouveaux usagers avec un “nouveau service proposé aux entreprises”, ou encore un “abonnement gratuit jusqu’à la fin 2010” pour les particuliers.
Présent sur le net et sur nos GSM afin de voir leurs disponibilités, les vélos en libre-service sont à la mode – et pas seulement à Bruxelles. En principe accessibles via des bornes installées tous les 400 mètres pour le confort des utilisateurs, les Villo pourraient bientôt conquérir les rues de l’ensemble des dix-neuf communes et atteindre le beau nombre bien rond de 5 000 vélos en circulation. Casse-tête bruxellois oblige, c’est là encore l’objet de négociations entre la Région, JC Decaux, et les dernières communes encore dépourvues de stations. Après quelques hésitations, celles-ci sont de plus en plus demandeuses.

Une ombre publicitaire au tableau

Vœu pieux ou invocation sincère ? Toujours est-il que lorsque l’administrateur-délégué de JC Decaux souhaite que son entreprise ne soit “pas uniquement associée à la publicité mais également à un opérateur qui permet le déplacement à vélo de millions de personnes de par le monde”, il met le doigt sur l’une des principales critiques faite aux vélos libre-service version JCD. L’omniprésence de la publicité sur et autour de ceux-ci.
Finançant aux deux tiers le système, c’est en grande partie la publicité et sa dimension commerciale qui avaient refroidi certaines communes et qui continuent d’entretenir le scepticisme de quelques associations comme Inter-Environnement Bruxelles ou l’asbl Respire.

Le réseau Villo, pourquoi ne pas s’y essayer cet été, d’autant que la couverture géographique va doubler d’ici peu.(Ph. J. de Tessières)

Sus aux infrastructures

Le BYPAD, ou “Bicycle Policy Audit”, est un audit de la politique cyclable en Région de Bruxelles-Capitale. Il a été réalisé pour la première fois en 2004. A l’époque, la Région de Bruxelles-Capitale obtenait un score de 33 %. Trois ans plus tard, en 2007, ce résultat avait grimpé jusqu’à 48 %. En 2009, la Région a obtenu 53 %. Le troisième BYPAD a en fait été réalisé à la suite de la mise en place du nouveau gouvernement.
Les résultats du plan d’amélioration forment également la base de la nouvelle politique cyclable du secrétaire d’Etat Bruno De Lille : il ressort du BYPAD que c’est surtout sur les plans de l’infrastructure et de la politique structurelle que la Région bruxelloise pourrait mieux faire : le nombre de cyclistes a grimpé en Région bruxelloise à 4 % de l’ensemble des déplacements, et ce chiffre doit encore augmenter. Cependant, l’espace public n’offre pas les conditions optimales pour accompagner cette augmentation.
En revanche, côté collaboration avec les cyclistes eux-mêmes et les associations cyclistes, les résultats sont très bons. Il a d’ailleurs été prévu 150 000 € supplémentaires pour la subvention aux associations de mobilité en 2009 (soit un total 2010 de 1 140 405 €).


Nicolas Van Caillie

Convertir et changer les mentalités

Lorsqu’on fait du vélo, le problème ce n’est pas la pluie, remarque Bernard Dehaye – président du Groupe de Recherche et d’Action des Cyclistes Quotidiens (GRACQ) et présent lors de la petite fête en l’honneur du Villo. Le cycliste n’est mouillé que 29 jours par an. Ce n’est plus le relief, maintenant que les vélos sont équipés de vitesse. Le problème majeur, outre la loi du moindre effort, c’est le sentiment d’insécurité – notion particulièrement subjective mais réelle.”

Tout cycliste vous le dira. Plus on est de “fous” à deux roues, plus on rit et on se détend. L’effet de groupe, et la visibilité qui l’accompagne, participe au sentiment de sécurité sur la route. Jouant à fond sur le moral des cyclistes, il influence également et progressivement le comportement des automobilistes.
“C’est pour cette raison que nous sommes en faveur du Villo”, explique Bernard Dehaye. Michaël de Borman de Pro Velo acquiesce. “L’arrivée massive de nouveaux vélos sur la voie publique augmente leur visibilité dans la cité et contribue à convaincre un nouveau public de se tourner vers le vélo. A force de voir les cyclistes les dépasser dans les files, de plus en plus d’automobilistes décident de passer au vélo”, constate le Gracq.
“Cela peut paraître bizarre de voir deux associations comme Pro Velo et le GRACQ se joindre à une entreprise comme JC Decaux, enchaîne Michaël de Borman. Mais nous sommes très contents d’avoir des partenaires industriels qui se mettent à investir dans un mode de déplacement comme le vélo et qui le rendent accessible à tous.”

La machine est en marche

Plus de vélos signifie malheureusement plus d’accidents. Des accidents qui ont pour “vertu” de faire prendre conscience de l’urgence d’aménagements cyclables de qualité, visibles, et signalés. Ils forcent les politiques à réagir, si ce n’est tout simplement agir.
Si les cyclistes habitués sont les premiers bénéficiaires d’une telle prise de conscience et des nouveaux aménagements, c’est cependant “l’inverse qu’il faudrait faire, tempère un président du GRACQ un peu amer. Il aurait fallu et il faut d’abord des aménagements dignes de ce nom, puis ensuite seulement se lancer dans un système de vélo en libre-service. Ne serait-ce que par respect pour les néophytes qu’on lance au milieu du trafic urbain sans écolage et sans aménagements sécurisants.”
S’il reste encore du pain sur la planche et de profonds changements de mentalité à opérer, la machine est en marche. Les deux associations en appellent maintenant aux hommes politiques qu’ils voudraient plus ambitieux lorsqu’ils parlent et pensent bicyclette à Bruxelles.

Cyclistes cherchent surface roulante, qualité demandée

Le Tour de France à Bruxelles, c’est pour bientôt ! Certaines voiries bruxelloises s’apprêtent à l’accueillir en revêtant une nouvelle robe asphaltée ou en rebouchant leurs nids de poule. D’autres resteront en l’état.

Lorsque le 4 juillet, les coureurs du Tour de France arriveront par le nord de Bruxelles pour un probable sprint massif, c’est vol gas qu’ils dévaleront l’avenue du Parc Royal. En légère descente, très récemment rebitumée et donc forcément sans nids de poule, elle pourrait offrir des pointes de vitesse allant jusqu’à 80 km/h.
Attention, virage à droite, à fond sur les manettes des freins, rue des Artistes. On rejoint la dernière ligne droite, les deux derniers kilomètres. Le boulevard Emile Bockstael est flambant neuf. Les travaux viennent d’être achevés. Le maillot est jaune, le noir est noir, le blanc est éclatant. Du travail de pro.

Au royaume du nid
de poule

“C’était une nécessité, la chaussée était pas mal abîmée, explique Ahmed El Ktibi – échevin en charge des Travaux publics de la Ville de Bruxelles. Mais la pose de ce nouvel asphalte était prévue dans le budget comme l’était une vingtaine d’autres tronçons. C’est donc une heureuse coïncidence. On joint l’utile à l’agréable avec ce passage du Tour de France.”
La flamme rouge est toute proche, le boulevard devient avenue. Les rails des trams marquent la fin des travaux. Bienvenue dans la première partie de l’avenue Houba de Strooper, royaume du nid de poule. Sur un demi-kilomètre, et à près de 60 km/h, les cyclistes vont apprécier.
“Il reste une petite partie que l’on fera plus tard, reconnaît l’Echevin. C’est prévu, mais nous avons été retardés par le climat. Il y avait tellement de dégâts à réparer.” Les brèches devront cependant être colmatées plus ou moins “durablement” afin d’éviter l’accident. Le sprint est lancé.
Le lendemain, c’est de la place des Palais que les coureurs partiront. Départ protocolaire, quelques pavés, Trône, rue Belliard, Cinquantenaire, avenue de Tervuren, 10 kilomètres en direction du Musée royal de l’Afrique centrale avant le départ réel. Avenue de Tervuren, sur son côté pile ou son côté face ?

Pile ils roulent,
face tu tombes

Côté pile nous avons la route elle-même, large, deux bandes dans chaque sens. C’est sur la voie droite que le peloton s’élancera. Côté face nous avons la piste “cyclable” coincée entre deux rangées de vieux marronniers. C’est la voie que les Bruxellois empruntent si souvent les samedis et dimanches et que les cyclotouristes devront utiliser pour jouer au Tour de France.
Le premier mai dernier, Philip Craddock – 17 ans, casqué, et accompagné de ses parents – y fait un vol plané. Mâchoire écrasée, dents cassées et déchaussées, et poignet endommagé.
Jamais plus rénovée depuis des années, cette piste est synonyme de danger, de dalles déchaussées, et de revêtement mainte fois soulevé par les racines des arbres. Même un Villo bien pesant s’y casserait les dents.

Pas vélo-compatible

Dans un courrier envoyé à Philip, la Région estime que sa responsabilité n’est pas engagée. “La voirie n’est pas impropre à l’usage normal auquel elle est destinée. La dégradation doit être considérée comme un vice susceptible de causer un dommage, lorsque par sa dimension, sa position ou sa perceptibilité sur la voirie est de nature à échapper à la vigilance d’un cycliste normalement attentif”.
Pour le père de Philip, cette réponse est absurde. Tapi dans l’ombre, “la bosse n’est pas fort visible et se trouve à droite en descendant la piste. Nous passons dessus si nous décidons de rester à droite”, constate-t-il.
Une autre source à la Région reconnaît que, malgré quelques réparations ponctuelles, “un réasphaltage complet est désirable. Mais, continue-t-elle, il existe en Région bruxelloise des pistes cyclables qui ont un degré de plus haute urgence.”
En effet, il ne faudrait pas que le Tour de France nous fasse oublier que Bruxelles, au quotidien, n’est pas partout vélo-compatible.

Sur la piste cyclable de l’avenue de Tervueren, gare aux dalles déchaussées. (Ph. B. Maindiaux)

Vivement juillet !

Le Tour de France fera sa joyeuse entrée à Bruxelles le dimanche 4 juillet, lors de la première étape de l’épreuve, disputée entre Rotterdam et la capitale de notre pays.
Les coureurs se disputeront la victoire sur l’avenue Houba de Strooper où l’arrivée sera jugée (sans doute au sprint, Tom !) devant le Stade roi Baudouin.
Auparavant, le peloton sera passé par Meise, commune de résidence d’Eddy Merckx, avant de foncer vers l’arrivée via l’avenue Bouchout, l’avenue de Meysse, l’avenue du Parc Royal et le boulevard Emile Bockstael.

Le lendemain, 5 juillet, la caravane s’élancera en direction de Spa à 12h30 depuis la place des Palais (le village du Tour étant installé dans le Parc de Bruxelles et le podium des signatures devant le Palais Royal). Pour quitter la ville, les coureurs emprunteront la rue Ducale, la place du Trône, le boulevard du Régent, la rue Belliard, l’avenue des Nerviens, l’avenue des Gaulois et, enfin, l’avenue de Tervuren. Chaque année, ce sont près de 250 villes qui posent leur candidature pour accueillir une étape du Tour de France.

Cette visite de la Grande Boucle à Bruxelles constitue en plus une superbe opportunité pour la ville. L’augmentation du chiffre d’affaires est estimée à + 10 % pour l’ensemble des commerces et + 25 % pour le secteur horeca.Avec une audience de 4,5 millions de téléspectateurs pour l’arrivée et 3,5 millions pour le départ de l’étape du lendemain, la visibilité qu’offre le passage du Tour devrait aussi accroître le nombre de touristes en visite à Bruxelles.
Le jour de l’étape, 100 000 personnes sont attendues, dont les deux tiers n’habitent pas la ville. Sur le plan des retombées médiatiques, ce sont près de 600 médias venus de 180 pays qui viendront fêter le 65e anniversaire d’Eddy Merckx, quintuple vainqueur du Tour. Vivement juillet !

(Agencesport)









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