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Dossier


En attendant le RER...

Réalisé en pratiquement vingt ans en Île de France, le RER - pour Réseau Express Régional, ferroviaire s’entend - se fait par contre sérieusement attendre dans le paysage bruxellois et sa banlieue proche… Signe des temps sans doute dans ce pays tant morcelé, aux pouvoirs éclatés.

Inauguré en 1979, soit il y a plus de trente ans, le Réseau Express Régional (RER) d’Île-de-France a été réalisé en vingt ans. Près d’un quart de siècle qu’on en parle en Belgique et toujours rien à se mettre - quasiment - sous la dent. Hormis des travaux qui prennent... pas mal de temps.

Hier, on parlait d’une mise en circulation de ce réseau particulier qui décongestionnera le grand Bruxelles (de Malines à Louvain-la-Neuve, de Ninove à Louvain, etc.) d’ici 2012. Aujourd’hui, on mise plutôt sur 2016, tout en envisageant plus sérieusement la perspective de 2020. Depuis le début de la mise en œuvre du projet, les dates avancées sont sans cesse remises à plus tard.

Des allures de calendes grecques
Apparemment, ces retards sont dûs à de nombreux facteurs. D’abord, l’obtention tardive de certains permis. C’était le cas notamment en Forêt de Soignes où, côté flamand, les travaux avaient commencé tandis que, côté wallon, 100 mètres plus loin, les permis étaient toujours en cours de demande.

A Genval, par exemple. Ainsi en mars 2009, alors que les travaux avaient déjà été entrepris depuis quelques semaines, ils sont brutalement interrompus. En cause, un problème de litige financier entre l’entrepreneur et Infrabel qui gère les infrastructures de la SNCB. Résultat : suspension des travaux pendant quelques mois. “Rien de compromettant à l’avancée des travaux“, souligne-t-on à l’époque chez Infrabel. Mais encore et toujours, donc, du retard…

Tout récemment, en février dernier à Linkebeek, le Conseil d’Etat a annulé le permis de bâtir délivré par la Région flamande pour la mise à quatre voies de la ligne 124 sur le territoire de cette commune à facilités. Les travaux devaient débuter en octobre 2010. Ils seront là aussi retardés, de trois ans cette fois…

Sur certaines lignes, les infrastructures sont suffisantes, la SNCB a déjà augmenté depuis trois ans le trafic. «Pour ce qui est de l’offre, explique Philippe Rigaux, porte-parole de la SNCB, nous avons commencé, il y a trois ans, une préfiguration du réseau RER : en doublant la fréquence de 1 à 2 trains par heure entre Bruxelles et Braine-le-Comte.

En décembre dernier, nous avons ouvert deux nouveaux points d’arrêts à Bruxelles-Ouest et Simonis ; avec, pour la première fois, des trains partant de Bruxelles-Midi vers Bockstael, en passant par l’ouest de Bruxelles. Ce qui permettait ainsi de décharger la Jonction Nord-Midi.»

(R)assurer
Mais les chantiers avancent bien, assure-t-on - ou se rassure-t-on - du côté d’Infrabel. Sur les lignes 36 Bruxelles-Louvain et 96 vers Mons, longeant le TGV, la mise à quatre voies est déjà achevée.

Sur les autres lignes qui desserviront Ottignies, Nivelles et Dendermonde, les travaux sont en cours pour élargir la plate-forme. Ils avancent aussi bien du côté wallon que du côté flamand. Certaines lignes - c’est le cas de la 24 - touchent à la fois la Flandre, la Wallonie et Bruxelles ! On respecte la clé de répartition.

Et ces travaux devraient être achevés en 2016. Mais il faut bien distinguer les travaux, la mise en service et l’exploitation. Il reste encore une inconnue concernant Linkebeek… On parle de retards qui pourraient s’élever à trois ans.» Comme le RER est un projet global, il devrait donc être mis en service partout et en même temps ! Le RER suscite encore bien d’autres débats. La complexité institutionnelle de la Belgique n’aide pas à faire avancer les choses. Il a fallu ainsi attendre près d’une décennie pour qu’un accord soit enfin trouvé entre Fédéral, SNCB et les trois Régions.

Craintes : l’exode de la population
En effet, Flandre et Wallonie ont des intérêts opposés à ceux de la Région Bruxelloise. Nombreux sont ceux à Bruxelles qui s’inquiètent de l’exode des ménages de la classe moyenne en dehors de la capitale.

Le nombre de navetteurs venant de Flandre ou de Wallonie augmente en effet chaque année. Une étude d’incidence sur l’environnement réalisée en 2003 avait estimé cet exode à 3,5%. Celui-ci susciterait l’appauvrissement de Bruxelles en privant la capitale de ses rentrées fiscales.

Des mesures d’accompagnement en matière fiscale, de mobilité, de stationnement, d’accès au logement doivent impérativement être prises. D’autres, au contraire, estiment qu’une ville moins engorgée serait plus attrayante.

De son côté, Inter-Environnement souligne que le RER satisfera les navetteurs venant de la périphérie, mais n’améliorera pas la mobilité à l’intérieur de la capitale. Selon l’association environnementaliste, la fréquence des passages est trop faible. Entre-temps, les premiers travaux ont démarrés en 2004.

En attendant sa mise en circulation en 2016, voire 2020 ? Le tortillard interrégional n’a pas fini de faire couler de l’encre. Beaucoup.

Les accès à la nouvelle gare RER qui équipera le haut de Watermael-Boitsfort sont finalisés. Ledit train n’est pourtant pas à l’heure...(Photo B. Maindiaux)


Laure d’Oultremont

Travaux titanesques dans et autour de Bruxelles
Ce projet de desserte serait mort-né sans la cruciale étape préliminaire des poses de voies.

Augmenter le nombre de voies… Pour permettre d’augmenter le trafic, de nombreuses lignes sont portées à quatre voies au lieu de deux ou trois actuellement. Six lignes sont concernées, quatre flamandes, deux wallonnes : la ligne 161 reliant Louvain-la-Neuve, Ottignies et Bruxelles, et la ligne 124 entre Nivelles et Bruxelles.

Comme c’est le cas entre les gares de Watermael et Bruxelles-Schuman, ces mises à quatre voies impliquent le réaménagement de la plate-forme ferroviaire actuelle à partir du boulevard général Jacques jusqu’à la rue du Sceptre, ainsi que de la rue Belliard jusqu’à la chaussée d’Etterbeek.

L’élargissement de cette plate-forme a de nombreuses conséquences. Certains ponts sont élargis ou même reconstruits. Des murs anti-bruits seront édifiés le long des lignes, pour réduire autant que possible les nuisances sonores ainsi que les vibrations.
Ces différents travaux impliquent certaines expropriations : deux maisons, 1.100 m² de fonds de jardin et le sous-sol de certaines maisons.
L.DO

Le RER dans toute son actualité : du génie civil, encore et toujours (Ph. B. Maindiaux)

Chantier particulier
Tunnel Schuman-Josaphat

C’est certainement le plus important des chantiers bruxellois du moment liés à la mobilité. D’une longueur de près d’un kilomètre, ce tunnel est en train d’être entièrement creusé sous le tunnel routier Cortenbergh. Il passe ensuite sous la place de Jamblinne de Meux et l’avenue Plasky.

Près de 200 personnes y travaillent jour et nuit. Sa complexité technique est impressionnante car les dalles du toit du tunnel sont bordées par les fondations des immeubles des alentours.
A terme, cette infrastructure permettra de relier la ligne 161 Bruxelles/Namur/Luxembourg à la ligne 26 Halle/Vilvoorde. À l’entrée du tunnel, une nouvelle gare est aménagée.

Le site de Bruxelles/Schuman deviendra ainsi l’une des plus importantes gares souterraines de la capitale et s’organisera autour de trois pôles : l’actuelle gare ferroviaire, la station de métro et la nouvelle gare implantée sous la rue de la Loi.

À la sortie du tunnel, à hauteur de l’avenue Eugène Plasky, des murs anti-bruits protégeront les maisons situées à proximité des voies. Ce gigantesque chantier devrait s’achever en 2014. Les voies seraient mises en service au plus tôt en 2015.

La réalisation de cette nouvelle ligne permettra de doubler le passage de trains à l’est de Bruxelles, d’augmenter la cadence à 180 trains sur la Jonction Nord-Midi à la place des 90 convois actuels. Budget ? 133.539.151,61 € (hors TVA) pour le tunnel à charge d’Infrabel et 74.632.656,75 € (hors TVA) pour la gare Schuman, dont 30.149.209 € (TVAC) à charge de Beliris.

Nouvelles haltes
La modernisation de certaines gares - comme celle de Watermael (photo ci-dessous) -, des haltes supplémentaires - Arcades , le pont du Germoir -, des passerelles, toutes choses qui permettront de désengorger les axes menant à la capitale en offrant un accès plus facile aux quais du RER…

Ces importants travaux concernent essentiellement les communes bruxelloises de Watermael-Boitsfort, Auderghem, Ixelles, Etterbeek, Bruxelles et Schaerbeek.

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