1.
Notre promenade commence devant “The Whirling Ear”. Cette sculpture de Calder est le lieu idéal d’un rendez-vous : la rotation de sa partie mobile équivaut à une minute, vous pourrez donc égréner le temps. Créée pour l’Expo 58, elle fut ensuite offerte à la Belgique et ... stockée dans des caves.
Depuis 2000, elle domine harmonieusement le Mont des Arts. Grâce à son mouvement et à ses formes gracieuses, l’œuvre est une totale réussite d’intégration. Une volée de marches nous sépare du parc. A mi-chemin, la vue révèle le jardin dessiné par René Pechère.
2.
Nous rejoignons le parc par la gauche. En bas des marches nous accueille une triade d’allégories féminines signées Marnix d’Haveloose. Il est question ici d’abondance (on verra souvent le soleil et les épis de blé au fil de la balade) ainsi que de l’Art, thème central du parc.
La frise qui soutient les femmes accueille masques de théâtre, outils de l’architecte et partition. Les musiciens observateurs y liront le thème de la “Cinquième Symphonie” de Beethoven. Juste au-dessus, le hibou d’Athéna, la déesse protectrice des Arts, mais aussi de la guerre.
Son épée se voit à l’arrière-plan : la victoire de la Nation sur l’ennemi allemand reste-t-elle en mémoire ? En langage morse, le thème de Beethoven est connu pour symboliser le V de victoire...
3.
Une allée boisée longe la bibliothèque royale et donne sur le banc “Limbe”, singulier mobilier urbain de 2008.
A gauche, “Hommage à Jacques Brel”, réalisé en 2003 par Marianne Baibay. Son emplacement malheureux, définitivement temporaire à ce qu’il semble, ne rend pas justice à la sculpture. Sa dynamique repose sur l’opposition : verticalité contre horizontalité, frontalité contre espace arpentable, murs opaques et ouvertures, droites et courbes, jeux de couleurs.
Il faudrait tourner autour de cette pièce, oser y pénétrer, pour s’ouvrir à la dimension du rêve que traduit Baibay.
4.
La statue d’Albert Ier, centre névralgique du Mont des Arts, trône à deux pas : c’est la seule sculpture qui organise les lieux. Les autres sont reléguées dans les coins ou aux murs.
Alfred Courtens a réalisé une œuvre hors du temps, si peu moderne pour l’époque (elle fut inaugurée en 1951), tellement classique, voire impériale : le Roi domine le boulevard de l’Empereur. Face à lui, une statue de son épouse ajoutée en 1970, nettement plus modeste.
Le dialogue entre les deux dynamise l’espace. Il faut s’approcher de la statue équestre pour en voir la touche nerveuse, héritage des sculpteurs impressionnistes.
5.
Sur la droite, le Bâtiment Dynastie, qui fut jusqu’à il y a peu la Tea House d’Europalia Chine. Deux figures hiératiques, elles aussi d’un autre temps, gardent les lieux. Marcel Rau crée ici une représentation figée de la Belgique, qui doit être droite comme la loi et la gouvernance. Sur votre droite, le tout nouveau bâtiment Square s’offre à vous.
Un “Grand Chien” sculpté par Albert Aebly ouvre la voie. Il date des années 50. Observez la simplification des formes, la gueule géométrisée, les angles arrondis de la mâchoire, et vous sentirez une influence extra-européenne.
6.
La volée d’escalier de Square nous invite à pénétrer ce symbole du Palais des Congrès dépoussiéré.
Le bureau d’architecte A.2R.C., qui a redessiné de nombreux points forts de la capitale, a conçu ce cube aux lignes brisées dont la transparence permet une intégration totale au Mont des Arts, tout en lui conférant une force nouvelle. L’intérieur est privé, mais empruntez les escalators pour prendre de la hauteur sur le parc.
7.
On quitte Square un étage plus haut, face à Kwint, le restaurant d’Arne Quinze, astucieusement placé. En contrebas, on aperçoit une belle Naïade, tandis que sur la gauche, deux statues en pierre d’Oscar Jespers symbolisent le Chant et la Musique.
La simplification des corps est extrêmes, et donne l’impression de volumes emboîtés. Oscar Jespers, notre principal sculpteur expressionniste dans les années 30, a progressivement tendu vers ces formes abstraites, privilégiant alors l’enveloppe à l’âme.
8.
Nous redescendons en longeant Square par la droite. Au passage, on découvrira sur la gauche “Enfants et chevreau”, un bronze typique d’Eugène Canneel, dont la légèreté est soulignée avec bonheur par la nouvelle architecture. Sur les façades, dix bas-reliefs nous accompagnent. Nous sommes en 1958, année d’inauguration du Palais des Congrès.
Deux femmes assises ouvrent la marche : “La Lecture” (Alfred Courtens, auteur de la statue d’Albert Ier) et “Maternité” (Charles Leplae). Puis, entrecoupées de deux allégories féminines – l’une, anguleuse, de Dolf Ledel, la seconde, tout en courbes, d’Alphonse Darville –, trois paires de bas-reliefs se succèdent.
La comparaison des styles est parlante : la première paire (Nat Neujean) se distingue par son organisation spatiale complexe et sa profondeur de champ, celle de Talmar redresse la composition dans le plan du mur, et Harry Elstrom profite le plus de la surface impartie : il n’y a plus qu’une seule femme par bas-relief, dont le corps se disloque complètement pour s’intégrer au carré.
9.
Nous arrivons enfin au célèbre carillon dominé par le “Bourgeois de Bruxelles”. Sous lui, les douze heures sont personnalisées : Godefroid de Bouillon, le Soldat de 1914-18, le Joueur de tam-tam, Rubens et les autres ne se distinguent guère sans l’aide du panneau explicatif que vous trouverez sur la colonnade de gauche.
Derrière vous, une étrange créature nommée “Composition décorative” : cet animal fantastique de Henri Van Albada fait pendant au “Grand Chien” d’Aebly. Autant celui-là était dépouillé, autant celui-ci, tout en volutes et en lignes imbriquées, est difficile à déchiffrer. Ses formes intrigantes mêlent le folklore traditionnel à l’imagerie des cultures primitives.
10.
Remontons le parc vers les escaliers principaux pour conclure notre boucle. Sur la gauche, le long de Square, on retrouve la jolie Naïade. Est-elle d’Aristide Maillol ? En tout cas, elle en possède le style.
Enfin, devant les premières marches, le groupe de personnages d’Antoine Vriens en bas-relief. Marnix d’Haveloose symbolisait les Arts, Vriens montre le Jardin d’Eden (en témoigne le serpent). Jardin et art : le Mont des Arts trouve en ces deux bas-reliefs une signature visuelle.
Photos : Bénédicte Maindiaux et Fany D’Hauwe, st.