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Il marche dans les rues, s'arrête, rencontre des gens, prend le tram, assiste à des événements populaires ou non, à des cérémonies, à des spectacles qui parsèment l'agenda de Bruxelles.
A son cou, un Konika Hexar AF, un tout petit machin argentique un peu old-fashion si l'on compare aux appareils numériques, « C'est un appareil photo pas du tout agressif, souvent ça fait sourire les gens, ils n'en ont pas peur du tout et c'est parfait pour les approcher tel quel, dans la vérité et l'intimité du moment. Pour tout dire, on me prend un peu pour un idiot avec mon petit appareil... c'est parfait », sourit Charles Paulicevich. Avec cet appareil qu'il a depuis 1992, ce photographe sorti de la Cambre en 2007 s'est lancé dans un projet qui est devenu un travail prenant jusqu'à l'obsession. Son objectif : faire un livre comprenant 83 photos de « Bruxelles-Capitales » (avec un « s » qui montre toute la complexité de la ville, de ses ambiances). Des photos qui ne proposent pas une énième vision de Bruxelles mais qui entendent la livrer comme elle est. « Je ne fais pas des photos pour dire aux gens ce que j'en pense ou pire, ce qu'ils doivent en penser ! Une ville de toute façon, c'est tellement compliqué à aborder... Et une photo de ville aussi : chacun la regarde avec ses expériences, son vécu. A la fin, cela donne une vision cahotique de l'ensemble, comme quand on sort en ville finalement et qu'on voit toutes sortes de choses qui nous imprègnent ou pas mais qui fabriquent la ville comme elle est pour chacun d'entre nous », explique, passionné, Charles Paulicevich. Son sujet : le spectacle, la compétition, l'amusement, le loisir, le vivre ensemble... « Je fais et je sélectionne des photos que je veux sans ironie, sans complaisance et sans séduction. Jusqu'à présent ma démarche a été d'aller vers les sujets sur lesquels j'avais déjà des idées préconçues, des images en tête... Et l'objectif est d'en revenir avec une image différente ». Et ces images montrent des aspects de Bruxelles dans la rue, d’un Bruxelles facile à aborder sans pour autant se livrer comme la rue Neuve, le festival Super Voisins de Schaerbeek, la sortie d’un sommet européen, un ring de boxe au palais du Midi ou un rassemblement populaire à Koekelberg. Désormais, il oriente son travail vers les milieux plus huppés, « vers ce que je connais moins en fait. Mais je veux approcher le plus possible de milieux et de réalités différentes parce que Bruxelles-Capitales, c’est tous ces gens ensemble. »
EN BREF Un soutien bruxellois Le travail du photographe compris comme une lutte contre la dépersonnalisation de Bruxelles est soutenu par la Ville de Bruxelles; Le ministre en charge de la Politique des Grandes Villes; la Commune d’Etterbeek; l’ asbl blancasa production (www.blancasa.be) et la Société des artistes. Il fut un des lauréats de Art Contest 2008, ce qui lui vaut d’exposer la première partie de son projet dans la prestigieuse B-Gallery. Plus d’une trentaine de photos seront à voir, groupées par deux ou trois par le photographes en grand et petit formats.
L’expo à la B-Gallery
La B-Gallery, espace d’exposition de la Ville de Bruxelles, est dédiée à la jeune création contemporaine. Son objectif est de permettre l’organisation d’une exposition personnelle d’une durée de 3 semaines, avec le soutien de la Ville de Bruxelles sur le plan organisationnel (production d’invitations, vernissage, promotion, gardiennage). Les artistes bénéficieront d’une aide financière pour les frais de production liés à leur exposition. Une publication annuelle reprenant tous les artistes de la sélection est éditée par le Service de la Culture de la Ville de Bruxelles et permet aux artistes d’avoir une diffusion de leur travail. Chaque exposition fait l’objet d’un reportage photographique professionnel. “Bruxelles-Capitales” est à voir du 4 au 26 septembre. Rue de la Madeleine, 55 – 1000 Bruxelles
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E.W.
Une méthode de travail... obsessionnelle ! L’impression d’ensemble que donnent les photos de Charles est plutôt cahotique. « A l’image de la cité finalement ». Mais on ne peut obtenir le chaos qu’en ayant mis en amont une méthode de travail très structurée, presque obsessionnelle. Charles Paulicevich photographie deux ou trois « sujets » très longuement, sans compter. Il accumule alors les films, met de côté ses pellicules pendant plusieurs semaines, développe tout et se met alors à la recherche de « l’écart », cette photo qui capte le sujet sans verser dans le convenu. Il ne recadre et ne retouche aucune photo. «La sélection est un travail très difficile pour moi, j’ai un projet très structuré et c’est à travers cette discipline que je m’impose que les photos s’imposent aussi dans le projet. Je suis tellement drastique que parfois il m’est arrivé d’avoir 1800 photos... et de n’en sélectionner aucune ! Heureusement, j’ai une partenaire dans la vie qui parvient à chaque fois à m’obliger à avoir un regard moins dur sur mon travail... » sourit le photographe. En un an, il a sélectionné une bonne trentaine de photos.
Le sens des détails
Le projet de Charles compte 83 photos. Ce nombre fait en fait référence à « Les Américains » un livre de Robert Franck, photographe américain parti à travers les Etats-Unis pendant 2 ans. 83 photos ont été retenues... - « Bruxelles-Capitales » est « combinatoire ». Sa démarche photographique très cohérente et très disciplinée lui permet ensuite de combiner certaines photos qui n’ont à première vue pas de lien ensemble. « Et pourtant, mises ensemble, elles mènent à des histoires différentes de ce que l’on pourrait voir regardées une à une. C’était déjà le fil de mes travaux à la Cambre, nommés « First Mars, then Tokyo ». « Cet ouvrage est un tissu de mensonges, à Bruxelles, il pleut » : c’est par cette phrase pensée et écrite par Charles Paulicevich qui selon lui, résume au mieux son travail : « Pour moi, cela veut dire qu’on ne peut pas être exhaustif à propos d’une ville, que je n’entre pas dans les clichés qui courent sur son compte, et qu’à travers Bruxelles, je vais vers les gens qui y vivent, qui la sentent, qui y sentent la pluie ».
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