Il a beau ne plus pouvoir marcher trop longtemps, l’abbé Van der Biest continue à faire ses courses dans le quartier. A prendre le pouls de la ville et par tant, de la vie dans la ville. Parce que, ce qui l’a toujours fait marcher monsieur le curé, c’est l’homme, “
La ville c’est une rencontre d’homme à homme et pas de pognon à pognon”, argumente-t-il en pointant du doigt les “
urubus” soit les “vautours” qui ne croient qu’en la spéculation immobilière et Dieu sait (mais aussi tous les Marolliens) comme le quartier des Marolles est une pièce de choix à ce niveau. “
De toute façon, les bobos du Sablon tombent sur des os : ils ne se font pas au quartier : il faut s’habituer à retrouver des gamins jouer au foot sur le toit de sa voiture…”, souligne-t-il, pétillant.
Ville, rencontre, respect de l’autre… Le curé des Marolles s’est aussi beaucoup affiché comme un fervent défenseur des sans-papiers. Il fut le premier à accueillir dans son église nombre de Kosovars, Kurdes, Afghans, tous ces désorientés des guerres en grève de la faim “
D’ailleurs, je crois bien que tous les réfugiés qui sont passés par mon église ont été régularisés”.
Et si l’abbé n’a jamais changé de paroisse, il n’en a pas moins beaucoup voyagé en Europe et en Amérique du Sud principalement en tant qu’expert à la Commission européenne pour les questions de logement, entre 1975 et 1985. “
Quand j’ai été vraiment sûr que mes rapports filaient au panier, j’ai claqué la porte”, retour pour de bon à la proximité.
Homme d’action mais aussi homme de réflexion. Jacques Van der Biest a été élevé dans la foi chrétienne d’une part, mais aussi dans l’idée que “
toute vie a un sens”. Or, il va s’apercevoir que nombre de personnes qu’il rencontre n’ont pas de projet. “
Moi, je me suis toujours posé beaucoup de questions et ce qui m’intéressait dans l’existence, c’était d’être utile… C’est venu ainsi : je pouvais devenir prêtre”. Car se mettre au service de Dieu, pour l’abbé Van der Biest a toujours été se mettre au service des autres. La vie contemplative… très peu pour lui : “
Je n’aime pas plus que ça prier mais je suis convaincu qu’il est nécessaire de le faire.”
Alors il prie. Mais il rugit aussi “
Je suis un anarchiste fondamental, ah ça oui !”, et il rigole, glisse un mot de brusseleir dans une évocation de Platon et considère benoîtement que ses plus belles lectures, les “Fragments” d’Heraclite d’Ephese, “
ça pisse loin comme on dit”… avant de retourner avec bonheur préparer l’eucharistie. Un digne représentant du melting-pot marollien !
E.W. -
(TBX n° 236, Page 17, paru le 2007-09-13)
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