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La Tribune de Bruxelles n° 230 - Paru le JEUDI 12 JUILLET



TBX n° : 230
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Conso

Même pas mal ! Les vins de soif

Petit suisse


Méconnus, les vins suisses offrent de belles découvertes. Le pays s’affiche comme une mosaïque complexe de terroirs inattendus. Pour tordre le cou aux préjugés, on a choisi un fendant, soit un vin habituellement peu considéré. Il s’agit d’un fendant d’une belle finesse. Le cépage est le Chasselas qui s’exprime parfaitement en Valais. On a là un vin gouleyant par excellence qui n’a pas fait de passage en barrique. 2003 ayant été un millésime hors norme, il faut apprécier le travail du vigneron qui a réussi à garder un cru floral et bouqueté, avec de délicates saveurs fruitées. Cela donne un vin frais en bouche avec des arômes de fleurs blanches et de fruits. Plutôt que de le servir avec l’éternelle raclette, mieux vaut en faire un vin d’apéritif. Il se marie agréablement avec des huîtres. Temps de garde : 2 à 3 ans. Température de service : 8 à 10°c.
Fendant de Sierre . 2003, Valais AOC, Maison Rouvinez. www.swisswine.com

Talent brut


On attendait avec impatience le travail de Jean-François Nicq… devenu viticulteur il y a à peine 5 ans. L’homme étant davantage connu en tant que vinificateur. C’est lui qui a donné ses lettres de noblesse à la Coopérative des Vignerons d’Estézargue. Soit, une belle palette de crus nature qui s’affichent à la carte des plus grands restaurants. 2002 est son premier millésime – les autres millésimes valent tout autant le détour. Il s’est installé dans le Roussillon, où il a acheté des vignes sur le Mont des Albers, à deux pas de la frontière espagnole. Un joli pari dans la mesure où cette région viticole ne donne que quelques vins de table. Jean-François Nicq a réussi une petite perle en vinifiant de façon à donner la priorité au fruit et à la fraîcheur. On ne retrouve donc pas les poncifs propres – lourdeur, alcool, bois – au terroir. Cette cuvée composée de syrah vendangée à la main possède un nez agréable évoquant les fruits rouges. La bouche est ronde, fraîche et gourmande. Le tout avec des levures indigènes et un rendement ridicule (25 hectolitres à l’hectare). Un bel exemple d’honnêteté viticole qui se marie idéalement avec la viande rouge.
Domaine des Foulards Rouges. 2002, La Soif du Mal, Jean-François Nicq. Boîte des Pinards, tél. : 02/347 23 03.

Ça se corse


On aime que derrière un vin se cache une histoire. Sous ce blanc venu de Corse, on trouve le travail d’un fou furieux de la vigne.
Un homme intègre qui, dixit la très conservatrice “Revue du Vin de France”, “montre la voie dans son appellation”, à savoir le Patrimonio. Fils de vigneron, Arena a d’abord travaillé dans la fonction publique pour calmer les angoisses d’un père attentif aux difficultés économiques de la profession. Vite vacciné, il a renoué avec le grand air d’un terroir familial séparé de la mer par une falaise calcaire dont les éboulis schisteux font merveille dans les verres. Progressivement, il a étendu le domaine qui, aujourd’hui, n’affiche pas plus de treize hectares. Dans l’une des parcelles, il a replanté – et est le seul à le faire – un vieux cépage local oublié, le bianco gentile. Arena a su trouver les gestes
pour exprimer la vigne : pas de désherbant, un minimum de soufre, un beau travail sur le fruit et des rendements modérés. l faut découvrir d’urgence ce vin tonique aux arômes de miel, de genêt et de fruit blanc mature. Le tout pour un jus bien équilibré avec une finale suave. Servi à 10° – pas plus frais – il se marie idéalement avec un poisson épicé ou des crustacés relevés au gingembre.
Patrimonio. Bianco Gentile, 2005, Antoine Arena. Brut de Cuve, tél. : 02/343 00 64.

L’Espagne au créneau


Même l’Espagne se met aux vins de soif… Un petit miracle quand on sait la lourdeur qui caractérisait autrefois ces flacons. Tout cela a totalement changé en peu de temps. Aujourd’hui, on trouve de pures merveilles. Ce, même dans des régions méconnues. C’est le cas du Bierzo, un territoire viticole qui appartient géopolitiquement à la Castille et Léon mais qui est une porte ouverte vers la Galice. Le haut plateau castillan s’y transforme en splendide paysage montagneux se prolongeant par une oasis verte. Ici, le climat est plus modéré. De telles conditions apportent de la fraîcheur aux vins. C’est particulièrement vrai pour le Pétalos del Bierzo, un vin signé par Ricardo et Alvaro Palacios. A partir du cépage mencia, ils élaborent un jus savoureusement fruité qui fait un malheur en bouche. Un must pour comprendre la révolution viticole en marche en Espagne.
Bierzo. Pétalos del Bierzo, 2005, Descendientes de J.Palacios. Café des Spores, tél. : 02/534 13 03.

Le loup sort du bois


Le Domaine du Loup Blanc est une initiative québécoise, fruit de la collaboration de deux associés du restaurant “Le Continental” à Montréal, Alain Rochard et Laurent Farre. Ensemble, ils ont acquis ce domaine situé dans l’appellation Minervois, dans les Coteaux du Languedoc. Le domaine possédait un magnifique parc de vieilles vignes, composé de cépages traditionnels, tels une parcelle de carignan de 1897, de la grenache noir, du syrah, de l’alicante, du cinsault, du chenanson – croisement de grenache et de jurançon noir – du muscat et même du tempranillo ! La cuvée “Le Régal du Loup” dévoile une robe sombre et violacée, au nez étonnamment riche et profond, où alternent les effluves de cacao, de confiture de bleuets, de cerise noire et de réglisse. La bouche est pleine et sphérique, généreuse, mais sans excès, plutôt harmonieuse dans son extrême maturité. Un vin gourmand aux allures de vin du Nouveau Monde tout en conservant une fraîcheur bien française.
MinervoiS. Le Régal du Loup, 2005,
Alain Rochard et Laurent Farre. Oeno TK, tél. : 02/534 64 34. -
(TBX n° 230, Page 22, paru le 2007-07-12)

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