Le rendez-vous est fixé à 8h45 à la cellule égouts de la Ville de Bruxelles, rue de la Serrure, n°24. C’est à deux pas de l’avenue Antoine Dansaert, vous savez, cette artère dont on dit qu’elle centralise les jeunes créateurs de la mode bruxelloise. La superposition des deux images est détonante : paillettes et eaux usées, lumières et ombres. Mais ne nous laissons pas emporter par des considérations pseudo-philosophiques. Car, en ce jour, notre souhait, c’est de voir des égoutiers… au travail. “
Nous allons vous emmener dans le collecteur émissaire à hauteur de l’avenue de Vilvorde”, nous explique Roger Desmedt, 42 ans, qui occupe la fonction d’assistant technique. C’est d’ailleurs lui qui s’est occupé du chantier de la rénovation du musée des égouts (lire en page 6). Devant notre manque de réaction, il nous explique qu’un collecteur émissaire récolte les eaux des différents collecteurs et égouts et les dirige ensuite vers la station d’épuration. Dans le collecteur que nous allons visiter, c’est vers la station d’épuration Nord que vont se jeter les eaux usées.
Mais avant de partir, il faut s’équiper. C’est même primordial. On enfile donc une salopette, des bottes et des gants. Les gants sont essentiels. Il faudra là-bas, nous explique-t-on, éviter tout contact à mains nues avec l’échelle, les murs, les rampes… Là, on se dit qu’il vaut mieux suivre les instructions aveuglément.
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L’hygiène est très importante chez nous, explique Jan Elpers, chef d’équipe, 45 ans et 16 ans de métier.
Tout doit être propre. Vous comprenez, nous pouvons attraper toutes sortes de maladies infectieuses. C’est d’ailleurs pour cela que les hommes ne ramènent jamais leur tenue chez eux…” Une fois équipés, nous prenons place dans la camionnette. Au volant, Stef Verstraeten, l’électromécanicien. Roger et Jan nous accompagnent. Quelques minutes plus tard, nous arrivons à destination. Les hommes travaillent déjà dans le collecteur émissaire depuis deux bonnes heures ! Ils ont commencé leur journée à 7h30 du matin et resteront là jusqu’à 15h45. Une pause de ¾ d’heure est prévue à midi. Roger prend avec lui un détecteur de gaz (CO, O2, H2S...), un instrument très utile qui se déclenche à des seuils très bas. S’il y a une anomalie, il sonne et vibre. En clair, il faut alors remonter immédiatement à l’air pur ! Sans discuter…
Sur le terre-plein, au milieu de l’avenue, un trou rectangulaire. Pas bien grand mais il faut passer par là pour descendre dans le collecteur. Après avoir emprunté l’échelle, nous arrivons dans la “galerie” voûtée. Profondeur : 2 mètres. Largeur : 2 mètres 20. Nous nous tenons sur la banquette, le bord qui se situe de part et d’autre de l’eau qui permet aux ouvriers de circuler dans le collecteur. Mais pour l’instant, il n’y a pas d’eau dans cette partie-là. Au mois de juin, il a en effet fallu procéder à une réparation, à quelques centaines de mètres de l’endroit où nous nous trouvons. Les rails sur lesquels se fixent le “wagon-vanne”, ce véhicule utilisé jour et nuit pour le curage des égouts en faisant avancer les dépots de sable et de boue, s’étaient en quelque sorte désolidarisés de leur point d’attache. “
Pour certaines réparations, explique nos guides d’un jour,
nous faisons appel à des sociétés privées qui disposent du matériel nécessaire. Les acheter ne serait pas rentable vu qu’on ne les utilise pas toutes les semaines et leur prix est conséquent”.
Pour permettre le chantier de réparation, il a donc fallu retenir l’eau en construisant un double barrage pour que les hommes puissent travailler dans la cuvette, terme qui désigne l’endroit ou se trouve l’eau. Si elle devait monter subitement en cas de fortes pluies, la superposition de ces deux “barrages” freine son arrivée et permet aux ouvriers de sortir calmement des lieux submergés. Mais pour l’instant, le niveau de l’eau n’est pas haut : le temps est sec et ce sont les congés… C’est sans doute pour cela que l’odeur n’est pas insupportable. Mais en cas de fortes pluies, l’eau peut atteindre le plafond !
Un homme s’affaire au fond de la cuvette, occupé à enlever les dépôts de boue et de sable qui se sont entassés. Et il le fait à la pelle ! Un travail éreintant qu’il ne poursuit que pendant 10 minutes d’affilée avant de reprendre quelque peu son souffle. Et de recommencer avant de passer le relais à un collègue. Les déchets sont amenés avec une brouette au pied de l’échelle, déversés dans un seau et remontés à la surface puis entassés par l’ouvrier resté en haut sur le terre-plein. Ensuite, un camion d’une firme spécialisée viendra ramasser ces amas d’huile de moteur, de détergents, de peinture… Mais pas avant qu’il y en ait 50 tonnes !
Le métier n’est pas sans risque et le personnel reçoit une formation de secouriste, actualisée deux fois par an. “
C’est important de connaître les risques pour pouvoir les maîtriser, souligne Roger. “S
i quelque chose arrive, il ne faut en tout cas jamais paniquer, ajoute Jan.
Pour des raisons de sécurité, il y a toujours deux hommes au minimum en bas”.
Mais voilà que nous quittons nos égoutiers et là on se dit qu’on ne jettera jamais de produits toxiques dans les toilettes ! Par respect pour leur travail si essentiel à notre qualité de vie...
Hugues Prion Pansius -
(TBX n° 230, Page 5, paru le 2007-07-12)
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