Deux vérités premières et deux appréciations socio-policières de ces vérités. En Belgique et singulièrement à Bruxelles, les ghettos communautaires musulmans -pour l'essentiel maghrébins et turcs- se sont fixés intra muros et ne sont pas relégués en banlieue comme en France (avec l'exception notoire de Marseille). Des plus de 400 000 membres de la population de Belgique de tradition musulmane, près de 60 % vivent en région bruxelloise.
Première considération, qui se veut "positivante" : "Oui, nos zones sont en ville, mais au lieu de s'isoler en périphérie, les habitants de ces ghettos ont la possibilité de s'urbaniser, de vivre la ville".
Seconde position, qui est un constat inverse : "L'homogénéité du ghetto favorise le repli identitaire. Des imams douteux, qui ne véhiculent plus un islam souriant, amènent une vision sociologique différente de la nôtre".
Et avec la vision sociologique - rétrograde selon les critères occidentaux - peut venir l'idéologie politique radicale avec son instrument terroriste.
"Il ne faut pas considérer les mosquées comme des viviers terroristes", dit donc la Fondation Roi Baudouin (lire précédemment), dont le recensement des mosquées montre indirectement la ghettoïsation urbaine bruxelloise. Au tournant des 2 éme et 3e millénaires selon le calendrier chrétien, sur les plus de 300 mosquées de Belgique, la région de Bruxelles-Capitale seule en comptait 77 (162 en Flandre, 89 en Wallonie). En tête, Molenbeek, Schaerbeek et Bruxelles comptaient 20, 16 et 13 mosquées.
Mais "il faut être attentif à ce qui se passe dans d'autres lieux de rassemblement, en dehors des mosquées" (Fondation Roi Baudouin encore). Depuis deux décennies, ce sont aussi Molenbeek et Schaerbeek qui en Belgique ont particulièrement vu transiter ou mûrir ceux ou celles que les services spécialisés appellent diplomatiquement "les jeunes égarés". Jeunes égarés que la bien nommée majorité silencieuse évite de dénoncer. Laissant le champ libre à la "toxicité sociale", autre euphémisme.
Molenbeek reste depuis 1992 le champ libre d'un vieux de la vieille, si l'on peut dire : Bassam Ayachi, Syrien d'Alep d'origine franco-syrienne. Un héraut de l'islamisme. Par le verbe. Jamais inquiété. Il est au four et au moulin, à une mosquée (fermée depuis) de la rue Vanderdussen, au Centre islamique belge et en rue, encadré de gardes du corps. A Molenbeek aussi le passage de celui qui tuera Massoud en Afghanistan, et toujours de jeunes endoctrinés. N'est-ce pas là un vivier?
La chronique judiciaire a fait et fait état régulièrement -ce qui dénote un rythme- "d'affaires" islamiques tombant sous le coup de la loi. Leurs noms subsistent dans un flou qui n'éveille pas vraiment l'opinion, comme une Histoire d'ailleurs, pas comme une tragédie locale d'enfants martyrs: Groupe islamique armé algérien; assassinat de Massoud l'Afghan (là, la personnalité du commandant légendaire entretient le souvenir des faits); le cas Trabelsi (c'est qui encore? Ah! oui, la base américaine de Kleine Brogel... au Limbourg, non? Autant dire la lune); les complices du Groupe islamiste combattant marocain et les attentats de Casablanca et Madrid, jugés à Bruxelles; la kamikaze belge d'Irak et la toute récente (2 juin) razzia policière à Bruxelles, Charleroi, Anvers et Riemst démantelant une phalange djihadiste...
Tous ces faits révélés et révélateurs de la nébuleuse terroriste ne paraissent pas secouer un public que l'on croirait saturé. Ou qui se rassure. Ou que l'on rassure...
La hantise de l'extrême droite qui paraît animer, fût-ce avec de bonnes raisons, le bourgmestre de Molenbeek-Saint-Jean, peut confiner au manichéisme. Le phénomène est encore apparu avec le témoignage sans doute unilatéral de la journaliste belge, flamande, marocaine et musulmane Hind Fraihi. Réaction immédiate de Philippe Moureaux, pêle-mêle : "Manipulation médiatique autour de filières djihadistes supposées... Enquête peu crédible d'une journaliste indépendante dont la conclusion est que Molenbeek est un nid de musulmans extrémistes... Ombre de l'extrême droite flamande... Démarche commerciale d'un quotidien flamand... Islamisme vendeur en Flandre".
Qu'avait donc fait cette journaliste allochtone, indépendante de surcroît? Pratiquer sous couvert le journalisme d'investigation pour "Het Nieuwsblad", en s'introduisant "Undercover in Klein-Marokko", selon le titre du livre tiré de cette descente en vie quotidienne islamique molenbeekoise. Sont décrits le racisme à rebours, la haine de l'Occident et des juifs, la contamination des paumés et des frustrés, le mépris de la femme, la violence, l'apologie du terrorisme et du martyre, la quasi-impossibilité des services secrets à infiltrer les mosquées. Mais c'est une minorité qui est en cause.
Outre qu'elle vaut à Hind Fraihi la haine des extrémistes et le mépris de l'establishment politiquement correct, cette immersion souterraine "résistante" procède d'une technique d'information aux antipodes de celle pratiquée, par exemple, par une autre journaliste, de télévision celle-ci, Pascale Bourgaux.
Pour la énième fois, la voici début juin "signant" son "sujet" de 3 minutes par une apparition en fin de reportage en tenue locale. C'était en Iran. L'image finale de l'envoyée spéciale du JT de la RTBF tient alors du défilé de mode orientaliste ou de conformité "religieuse" : Pascale, sur fond de femmes-corbeaux, est couverte d'une burka mais ose le visage en clair. Pourquoi ce déguisement? Pourquoi cette concession qui, à force de répétitions systématiques au petit écran, ne fait plus sourire? Pourquoi céder ses valeurs féministes? Apparaître de dos ou se signaler en "off" garderait les apparences d'indépendance journalistique et de liberté.
Placée jadis dans ce type de situation en Arabie Saoudite, Christine Ockrent refusa tout voile lors d'une interview.
Et par extension, pourquoi, à Bruxelles, voiler le visage triste des ghettos?D P. SAM -
(TBX n° 179, Page 13, paru le 2006-06-22)
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