Prudence de l'angélisme: silence des agneaux ? "Il faut dédramatiser l'idée selon laquelle les mosquées sont des viviers de terroristes. Toutefois, il faut être attentif à ce qui se passe dans d'autres lieux de rassemblement, en dehors des mosquées." Signé Fondation Roi Baudouin. Traduction selon le "Tartuffe" de Molière: "Cachez ce sein que je ne saurais voir...".
Mais aussi: "Il faut tenter de sortir du cercle vicieux en évitant les pièges de la dénonciation arbitraire, comme de l'angélisme". Signé Alain Grignard, commissaire islamologue à la division terrorisme de la police nationale - pardon ! - fédérale. Traduction libre : "Circulez, y a rien à voir".
Mais encore: "Les islamistes cherchent à nous culpabiliser". Signé Gérard Chaliand, complice français du précédent, spécialiste de l'Orient et des conflits irréguliers. Sa dernière: "Dans quelques décennies, on ne parlera pas plus des terroristes islamistes qu'on ne parle aujourd'hui des anarchistes d'hier, tueurs de rois, d'empereurs ou d'impératrices". Traduction désabusée : "L'inhumain est humain".
Certes. En attendant, balayons tout de même devant notre porte, trottoir inclus, voire même la "rigole". Les précautions éthiques évoquées ci-dessus à la moindre approche du phénomène du radicalisme islamique et de la prédication de la haine - une réalité ici comme ailleurs - démontrent que la mayonnaise de la culpabilisation a pris, liant, d'un bout à l'autre de la chaîne de la pensée unique, aveuglement, angélisme, consensualité nationale, politiquement correct, tolérance hypertendue, complicité objective et endoctrinement si affinités.
"En" parler, c'est "mal". Pourtant, on ne peut plus à Bruxelles, parler comme à l'instar du nuage radioactif de Tchernobyl et ânonner "pas chez nous". Les faits sont têtus et si notre cité radieuse européenne n'est pas totalement irradiée par la nuée djihadiste, elle est gangrenée comme d'autres métropoles occidentales par des atomes fondamentalistes musulmans redoutablement minoritaires.
Leur ascension est pourtant résistible et le, 25 mars 2005, écartant toute complaisance façon Londonistan, la Belgique s'est enfin résolue à adopter un plan d'action contre le radicalisme notamment musulman sous la direction du Parquet fédéral.
La situation de Bruxelles sur l'échiquier terroriste mondial est d'une vraie-fausse tranquillité précaire. "Ce n'est pas la capitale d'une Belgique base arrière du terrorisme ni son centre mou, explique anonymement un spécialiste d'un terrain où fanatisme religieux et criminalité cohabitent. Mais elle fait partie des zones de repli. Depuis les années 1990, une série d'opérations (lire par ailleurs) ont amené des gens (sic) devant les tribunaux. On n'est donc pas non plus un pays complaisant."
Enfin, on ne l'est plus. Et la tranquillité tient à un déclic. Shootés à la légendaire tolérance, les Pays-Bas minimisaient le danger du passage à l'acte fanatique : l'assassinat religieusement vengeur de Theo Van Gogh à Amsterdam fut l'électrochoc qui fit ouvertement basculer la société batave dans l'islamophobie. Métamorphosé malgré lui en diablotin blasphémateur pour cause de caricatures, le Danemark postshakespearien est désormais considéré par nombre de croyants comme un royaume pourri.
Une "faute" selon des critères arbitraires et des voix qui s'arrogent le Seigneur, du Croissant fertile à la diaspora, cautionnent ou commanditent le crime. Pour l'heure, il n'est pas trop malsain d'être belge: "On n'est pas encore de Grands Satans, dit ce sage de la lutte antiterroriste à Bruxelles, mais on peut être boosté. La hantise des services secrets, ce sont les quelques illuminés. Mais statistiquement, le risque est minime."
Question en suspens: quelle pourrait être la "faute" belgo-bruxelloise?
Réponse "morale", toujours morale mais évasive : "Il ne faut pas se compromettre avec les vendeurs d'angoisse - même si on a raison d'avoir des inquiétudes. Deux visions de la société s'affrontent. On essaie de ne pas heurter mais alors on fait le lit de l'extrême droite... Il n'y a pas de solution type".D PIERRE SAMBRE -
(TBX n° 179, Page 12, paru le 2006-06-22)
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