Danger de mort". Le moins que l'on puisse dire, c'est que les pancartes apposées sur les grilles qui délimitent la propriété du château Charle-Albert, à Boitsfort, n'invitent pas le promeneur à s'y aventurer... Non, ce joyau de l'architecture Renaissance flamande, situé sur les hauteurs du boulevard du Souverain au coeur d'une magnifique propriété de 1,6 hectare en bordure de la forêt de Soignes, n'est pas hanté par des fantômes. C'est plutôt son état de ruine qui est source de danger.
Construit en 1869 par l'architecte Charle-Albert, cette "maison flamande" fut la résidence de l'ancien Premier ministre Paul Van Zeeland qui l'acheta durant l'entre-deux-guerres. Abandonné au début des années 80, le château se détériore et deux incendies successifs finissent de le ravager. Ce n'est qu'en 1988 que la résidence est classée... Pour l'heure, le domaine est au centre d'un projet immobilier d'envergure. En 2001, le gouvernement bruxellois classe le site en zone d'intérêt régional (ZIR) au Pras, un statut qui permet d'y réaliser 1 000 m2 de bureaux et de construire, sur le site, un immeuble affecté aux bureaux également ou aux logements.
C'est ainsi que le propriétaire actuel, la société Immo Charle-Albert, filiale du groupe Codic, introduit fin 2004 une demande de permis d'urbanisme et d'environnement qui vise à la fois la restauration du château mais aussi l'ajout d'une annexe de bureaux de 3 500 m2. Et c'est là que le bât blesse...
Si les autorités communales se réjouissent alors de la restauration de ce fleuron du patrimoine, elles contestent en revanche la construction de l'annexe jugée nécessaire par la société immobilière pour assurer la viabilité économique du projet. En avril 2005, après la commission de concertation, la commune rend un avis défavorable: elle redoute une pression sur la forêt de Soignes (zone natura 2000) et une diminution de la luminosité pour le collège Saint-Hubert situé juste à côté. L'impact sur la mobilité est également jugé préoccupant. En dépit de la construction de 109 emplacements de voitures pour quelque 220 employés, la commune craint un report de trafic conséquent dans le quartier. Des inconvénients mis également en avant par le comité de quartier "Les Amis du château Charle-Albert". Pour son président, Dominique le Hodey, autoriser des bureaux sur un site aussi exceptionnel est un non-sens. Selon lui, il serait plus judicieux d'aménager un parc à l'anglaise.
Puisque l'avis de la commune est conforme, la Région n'a pas délivré le permis d'urbanisme. En juin 2005, la société Immo Charle-Albert a alors introduit un recours au gouvernement bruxellois. De son côté, la commune a aussi introduit un recours contre la délivrance du permis d'environnement. Affaire à suivre...
H.P.P. -
(TBX n° 178, Page 18, paru le 2006-06-15)
Retour au Sommaire du n° : 184