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La Tribune de Bruxelles n° 151 - Paru le JEUDI 1 DÉCEMBRE



TBX n° : 151
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Projet d'une tour de 18 étages à Erasme

Le Chaudron va exploser! L'image est forte pour décrire un projet privé mégalomane (les promoteurs sont les sociétés Batipont et Soficom Development et les architectes le bureau A 2RC) de plus de 2000 logements en passe de s'implanter aux abords de l'hôpital Erasme à Anderlecht, en bordure de zone verte et agricole, aux confins du ring et de la proche périphérie flamande.
Le terrain est selon le Pras (Plan régional d'affectation du sol) une zone d'habitation à prédominance résidentielle.
Il est à la fois propriété du CPAS de Bruxelles-Ville pour partie, du Foyer anderlechtois pour une autre et des promoteurs privés pour le reste.

Dupuis à la hussarde


La Région, via la secrétaire d'Etat en charge du Logement et de l'Urbanisme, Françoise Dupuis, a activé son plan de construction de logements et mène une véritable course contre la montre pour construire au plus vite un maximum de logements (notamment sociaux) au cours de la législature, histoire d'être en ligne avec ses promesses politiques.
A bon droit, les promoteurs se sont sentis pousser des ailes, avec une ministre qui voulait ficeler un dossier " à prendre ou à laisser ", selon Jacques Simonet, bourgmestre d'Anderlecht, en 6 mois.

La commune contre-attaque


La commune ne l'entendit cependant pas de cette oreille et, devant ce projet pharaonique de créer une quasi nouvelle ville de plus de 10000 habitants en bordure de zone agricole, elle décida de créer un PPAS (Plan particulier d'affectation du sol) sur base de l'article 51 du Cobat (Code bruxellois de l'aménagement du territoire) qui stipule que "si un tiers des riverains habitant aux abords immédiats de la parcelle concernée en font la demande, un PPAS peut être mis en place". Celui-ci pourra ainsi définir des règles beaucoup plus strictes en matière d'urbanisme, tant en termes de gabarits, de hauteur, de densité et d'équipements collectifs que d'espaces verts.
Ce PPAS devrait être proposé à l'ordre du jour du conseil communal de décembre et pourrait être prêt, au mieux, fin 2006. En un mot comme en cent, cela risque donc de prendre du temps et de... plomber le projet initial. Réponse du berger Simonet à la bergère Dupuis et clin d'oeil au passage à son bon ami Philippe Moureaux.

Contexte français néfaste


Au-delà de la précipitation ab initio de la secrétaire d'Etat et de la nervosité actuelle des architectes et promoteurs, on se demande encore quelle mouche a piqué les initiateurs d'un pareil projet de vouloir construire dans une telle densité avec une tour de 18 étages comme "minaret" ?
Ce genre d'urbanisation sauvage, de l'avis de nombreux Bruxellois et en particulier des Anderlechtois du quartier de Neerpede, ne répond plus du tout aux aspirations actuelles des citoyens. Les récentes émeutes en France, dans les HLM de banlieue et les nombreuses cités-dortoirs à tours, en sont une illustration frappante.
A titre de comparaison, la taille des logements envisagés est du même ordre que les buildings réalisés avenue de la Couronne à Ixelles : très haut, peu chaleureux, denses et impersonnels.

Rentabilité vs qualité de vie


Ce qui est plus inquiétant, c'est encore une fois la spéculation sans borne qui semble prédominer dans ce projet. Toute personne ayant un minimum de bon sens ne peut comprendre qu'en 2005, à proximité d'une zone verte et dans une parcelle peu densément peuplée, on en vienne à construire une tour de 18 étages, soit une véritable "cage à poules" dignes des années 70 ou de l'apogée de l'ère soviétique.
Tout ceci est donc bel et bien une question d'argent: un promoteur achète un terrain (115euro le mètre carré) pour lequel il spécule sur un return immédiat afin de réaliser une solide plus-value, avec la complicité d'un pouvoir public aveuglé à l'idée de faire construire en un coup de baguette magique 2000 logements, histoire d'être en phase avec des engagements politiques décidés lors d'une nuit de conclave.
Au-delà des escarmouches en vue de constituer la future majorité anderlechtoise, c'est peut-être finalement l'exemple du mal français qui semble faire reculer Françoise Dupuis, très discrète depuis quelques semaines et bien embarrassée par un dossier mal ficelé et tout à fait dépassé dans le contexte d'un minimum de standards de qualité de vie auquel aspirent à juste titre bon nombre de Bruxellois.
BAUDOUIN PEETERS -
(TBX n° 151, Page 18, paru le 2005-12-01)

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