Jadis "De Kriekenboom", l'ancien site (classé) renaît de ses cendres... Pour les Ucclois, cet endroit reste mythique. Cet estaminet historique à l'état de larve s'est transformé en papillon. La villa a gardé son espace, son style mais cela s'arrête là!", peut-on lire sur le site Internet de l'agence immobilière Immo Look.
Certains se souviennent certainement de ce petit café ou, il y a plus de quinze ans, l'on sirotait une bonne Kriek à l'ombre des cerisiers du verger. Une époque bien révolue: aujourd'hui, l'ancienne brasserie de l'avenue Dolez dont la construction en briques était typique de l'architecture rurale brabançonne d'avant 1850 a fait place à une construction neuve aujourd'hui mise en vente au prix d'1, 5 million d'euros! Il s'agit d'une maison unifamiliale mais, selon le plan particulier d'affectation du sol, l'affectation Horeca reste toutefois possible...
La destruction de l'estaminet était cependant inévitable: en ruine depuis de nombreuses années, il constituait un chancre urbain qu'il convenait d'éradiquer. Récit d'un long feuilleton.
Située dans le coin du Kauwberg, la brasserie était entourée de vergers de cerisiers situés de chaque côté du chemin des Pâturins. "Kriekenboom" tire d'ailleurs son origine des arbres qui produisent les cerises nécessaires à la fabrication de la Kriek, une bière typiquement bruxelloise qui fit la réputation de nombreux estaminets ucclois, comme par exemple le Spijtigen Duivel de la chaussée d'Alsemberg qui, par ailleurs, abritait jadis les réunions du conseil communal.
C'est pour protéger les estaminets les plus pittoresques de son territoire que le collège communal d'Uccle demande, dans les années nonante, le classement de l'auberge. Celui-ci intervient le 22septembre 1994: le Kriekenboom est protégé en totalité.
Pourtant, les Monuments et Sites étaient réticents mais le gouvernement bruxellois de l'époque a néanmoins voulu protéger la brasserie qui demeurait un lieu de mémoire pour l'histoire de la vie sociale bruxelloise et qui avait connu une grande effervescence durant l'entre-deux-guerres.
Mais par la suite, certains remettaient en doute l'utilité d'un tel classement. Ainsi, Willem Draps, l'ancien secrétaire d'Etat bruxellois au patrimoine, avait exprimé à plusieurs reprises que l'estaminet avait un intérêt patrimonial très faible, prônant plutôt une politique de classement cohérente et systématique au lieu d'un classement purement "émotionnel".
Le propriétaire actuel du bien a acheté le Kriekenboom en 1998 pour la somme de 14 millions de francs belges soit un peu plus de 347000 euros. Il proposait à l'époque un projet d'extension pour y construire une dizaine de logements. La commune d'Uccle refuse toutefois le projet pour le motif de non-conformité du lieu avec l'affectation Horeca.
Pendant ce temps, l'estaminet continue à se dégrader et se résume à quelques murs, la végétation ayant investi l'intérieur.
"Un permis de démolition en vue d'une reconstruction a été signifié il y a plus d'un an", explique l'un des architectes de la commune d'Uccle. Au préalable, la Commission royale des Monuments et Sites avait autorisé la démolition de l'estaminet classé ou plutôt de ce qu'il en reste. Une construction neuve devant respecter les gabarits existants vient donc d'être érigée en lieu et place du Kriekenboom.
C'était en fait la seule manière d'arrêter une situation de chancre qui ne pouvait perdurer. Le verger est cependant toujours protégé par l'arrêté de classement (arbres et aspect paysager du site).
Quoi qu'il en soit, la villa située sur un terrain de 30 ares est aujourd'hui à vendre. Avis aux amateurs!
H.P.P. -
(TBX n° 138, Page 17, paru le 2005-09-01)
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