Tous les livres d'histoire l'expliquent en long et en large: LéopoldII a fortement influencé la physionomie de notre capitale. Mais le roi urbaniste n'a pas tout dessiné de sa main, on s'en doute. Derrière lui, inspirant et matérialisant ses vues, Victor Besme était la cheville ouvrière de ces grands chambardements urbanistiques.
En 1866, l'homme, âgé d'à peine 32ans, élabore
"le plan d'ensemble pour l'extension et l'embellissement de l'agglomération bruxelloise" (lire ci-dessous). Ce document prévoit le tracé du développement de Bruxelles au-delà du Pentagone et devient le livre de chevet de LéopoldII. C'est le début d'une longue collaboration entre le roi visionnaire et l'urbaniste. Victor Besme bénéficie du poids du souverain pour concrétiser de nombreux projets. LéopoldII, quant à lui, s'appuie sur le technicien pour traduire ses grandes idées et les faire passer aux communes, parfois réticentes à la mainmise royale.
Mais la carrière d'urbaniste de Victor Besme ne se limite pas au bureau de Léopold II. Travailleur devant l'éternel, Victor Besme se dévoue à son métier jusqu'à la seconde de sa mort, le 7 février 1904. Nommé inspecteur-voyer de la Province de Brabant à tout juste 24ans, l'urbaniste est avant tout un homme de terrain. Son rôle premier est de gérer l'ensemble des voiries des faubourgs de Bruxelles. Bref, de se déplacer aux quatre coins de la région chaque fois qu'un nouvel équipement s'impose ou doit être réparé.
Dans ce travail quotidien, Victor Besme réalise de nombreuses actions concrètes qui donneront à Bruxelles son visage actuel. Entre autres domaines dans lesquels il a imprimé sa marque, on peut retenir l'assainissement de la vallée de la Senne et du Maelbeek, l'organisation des transports, la création et l'extension de quartiers comme ceux de l'avenue Louise ou de Cureghem, mais aussi la conception de parcs: Jardins du Roi, parc Duden ou Josaphat.
Moins connu à ce titre, le célèbre urbaniste réalise également de nombreux projets d'architecture. Son oeuvre la plus connue, le Tir National, est à l'époque citée en exemple jusqu'en France pour sa modernité. Situé à Reyers et aujourd'hui abattu, ce bâtiment à vocation militaire a laissé place au complexe de la RTBF.
S'ajoute encore, au curriculum impressionnant de Victor Besme, le titre d'architecte-inspecteur des jardins de l'exposition universelle de 1897. Une désignation pas vraiment étonnante quand on sait le rôle majeur qu'il a joué dans la réalisation de l'avenue de Tervueren, axe créé pour l'exposition.
Victor Besme a donc dessiné petit à petit, à l'ombre de LéopoldII, la structure urbaine que nous connaissons. La plupart de ses vues s'avèrent aujourd'hui encore très justes. Une justesse qu'il doit probablement à sa grande ouverture d'esprit.
"Il avait autant d'amis francs-maçons que catholiques. Il construisait des églises et fréquentait les Jésuites. Mais les instances religieuses lui ont assez reproché d'être par trop proche de la franc-maçonnerie", explique Thierry d'Huart, arrière petit-fils de Victor Besme et lui-même urbaniste.
"Il n'avait certainement pas l'esprit étroit. D'ailleurs, s'il a imaginé des grandes avenues bourgeoises, il manifestait aussi dans ses réflexions un grand souci social." Et de rêver d'un jour écrire un livre sur son aïeul pour lui rendre l'hommage qu'il se doit.
"On connaît toujours les grands hommes, ministres et rois, mais pas ceux qui travaillent aux grandes réalisations. Je suis sûr que vous ne connaissez pas le fonctionnaire chargé de la planification de la Région bruxelloise alors que vous connaissez certainement Willem Draps, secrétaire d'Etat chargé de l'aménagement du territoire!" -
(TBX n° 059, Page 25, paru le 2004-02-05)
Retour au Sommaire du n° : 059