Il agite sa bouteille de rhum au-dessus d'un verre tapissé de feuilles de menthe.
"Et voilà, le meilleur "mojito" de Bruxelles", assure Rodriguo Saltes. Ce cocktail cubain est l'une des spécialités du bar "Cartagena", qui s'est déplacé de la rue du Marché au Charbon jusque sur les rives de Bruxelles les Bains pour un mois. Avec un hamac rayé, quelques perroquets en peluche ramenés du bar en guise de décoration, histoire de personnaliser la désormais traditionnelle paillote.
"Ici c'est la plage, explique-t-il en désignant le bac à sable le long du canal.
Nous, avec notre bar à salsa (le plus ancien de Bruxelles), on veut offrir aux Bruxellois l'esprit des vacances toute l'année. Alors, il n'y a aucune différence entre travailler au centre-ville et ici." Comme le Cartagena, le Papagayo, le You, ou le Metteko, en tout une grosse dizaine de bars bruxellois se sont mis les pieds dans le sable, le temps d'un été.
On les voit se balader le long du canal par deux, en uniforme, un peu comme les policiers. Sauf que le tee-shirt sans manche se rapproche plus "d'Alerte à Malibu" que des "gendarmes de St-Tropez". Ce sont les stewards. Kaïs Saltani est leur responsable.
"Nous sommes surtout ici pour rassurer les gens. Et des jeunes en tee-shirt blanc, c'est plus sympa que la police!" Le travail des stewards complète d'ailleurs celui des forces de l'ordre, présentes elles aussi quai Béco.
"Nous nous mettons à l'entrée pour empêcher les gens de pénétrer avec des vélos, des poussettes ou des animaux. Ou pour ramener à l'infirmerie un enfant perdu (trois cas l'an dernier)." La plupart des 17 stewards sont des étudiants, intérimaires pour l'été. Kaïs, pendant l'année, est enseignant. Il apprécie son job d'un été.
"Quand le Bruxellois entre ici, il se sent en vacances. Les remarques sont prises avec bonne humeur. Et les délits sont vraiment peu nombreux!"
"Pour désinfecter sa blessure, j'ai mis un peu de citron vert", rigole un jeune homme. Françoise Joubert regarde ce "touriste" bruxellois avec étonnement.
"Vous ne voulez pas plutôt un pansement?" C'est l'un des petits bobos que l'infirmière chargée des soins de base à Bruxelles les Bains voit
"toutes les cinq minutes". Françoise est "cadre-infirmière" à l'hôpital Brugmann. Une quinzaine d'infirmières de cette institution bruxelloise se relayent durant tout le mois pour tenir le poste soins.
"Elles sont ravies", dit Françoise Joubert, qui coordonne les horaires des volontaires.
"C'est une manière de se sortir de la routine et du stress de l'hôpital." Mais celles qui se sont inscrites viennent plutôt des services administratifs.
"Le personnel de soins proprement dit aurait l'impression de trahir les collègues en venant ici, de prendre des vacances avant l'heure. Et en plus, les effectifs de ces services, pendant l'été, sont plutôt réduits."
Quelques étirements avant le cours de "body attack". Hella von Loewis prépare la démonstration de cette discipline de fitness, devant les transats du quai Béco. Ses élèves habituels ont fait le déplacement du Passage Louise, où se trouve l'une des salles du "Passage Fitness First", afin de renforcer leur abdos devant le public de Bruxelles les Bains. Hella est là chaque vendredi. Mais tous les jours, un des professeurs de Fitness First est sur le sable pour donner des cours gratuits à une trentaine d'élèves. Qu'ils soient simples estivants ou chevronnés du "bodystep" ou du "bodyjam". C'est la société privée qui a proposé la formule à la Ville, déjà expérimentée en 2003.
"C'est un bon moyen de participer à l'événement, qu'on soutient totalement. Et puis, il y a aussi un but promotionnel", indique le responsable.
"Après l'édition de l'année passée, il y a eu des retombées: notre clientèle a augmenté de 7 à 10%." -
(TBX n° 084, Page 4, paru le 2004-07-29)
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