La veille, la générale lui a plu, et aujourd’hui, jour de première pour “La Griffe”, il répète… “La Cuisine d’Elvis” qu’il met en scène au Théâtre de la Toison d’Or (voir ci-dessous). “La Griffe” est une pièce qui tient Georges Lini à cœur, pour beaucoup de raisons. D’abord, c’est Daniel Scahaise en personne qui lui a demandé de venir travailler avec l’équipe du Théâtre des Martyrs. Ensuite, le projet de monter “La Griffe” d’Howard Barker a directement plu au directeur “légendaire” du théâtre et à l’équipe. Et enfin, il évolue une fois de plus dans ce théâtre anglo-saxon qu’il adore pour sa profondeur, et qui décrit à merveille les manquements et les douleurs de la société, mais sur un mode ludique – et même férocement drôle – qui touche le spectateur.
“Et moi, c’est ce que je veux au théâtre : ne pas conforter les gens dans ce qu’ils sont, toujours les secouer.”
Parlez-nous de “La Griffe”.
C’est une pièce écrite en 1974 par Howard Barker, un auteur britannique prolifique. C’est une véritable épopée qui raconte l’histoire de Noël Biledew, ce “bâtard bigleux”, comme il se décrit lui-même, qui veut prendre sa revanche sur ses origines modestes et s’imagine pouvoir tenir les puissants entre ses griffes. C’est une farce cruelle sur le pouvoir qui corrompt, une façon de se poser la question de savoir si la fin justifie les moyens dans un monde post-apocalyptique où les gens sont amenés à créer leurs propres règles pour survivre, aux risques et périls des autres… C’est une pièce noire : on rit, mais on est secoué tout au long du spectacle. Sur scène, toute l’équipe réussit à faire ressortir l’humour féroce et la violence qui sous-tend le texte.
Vous ne jouez plus beaucoup, préférant la mise en scène. Pourquoi ?
J’aime cette sensation de paternité que l’on a lorsque l’on porte une pièce sur scène. J’aime prendre en charge les comédiens, faire en sorte que tout aille pour le mieux sur le plateau, prendre sur soi pour mener une aventure. Etre acteur, c’est plus narcissique, en quelque sorte. Etre metteur en scène, c’est donner un peu de soi jusqu’à ce que la pièce soit jouée devant un vrai public. Après, cela ne vous appartient plus tout à fait !
La dernière fois qu’on vous a vu sur scène, c’était dans “Ladies’Night”, mis en scène par Daniel Hanssens.
C’était une super aventure entre comédiens, avec mon ancien professeur, Daniel Hanssens. Il y avait une énergie terrible dans cette pièce… Je resigne les yeux fermés pour dix ans ! Je fais ce métier pour prendre du plaisir et là, c’était du concentré de bonheur.
Bien finie, alors, l’aventure du ZUT, cet espace que vous aviez ouvert il y a quelques années pour y laisser parler la jeune génération ?
Oui, l’aventure a fait pas mal parler – c’était le but – et nombre de jeunes comédiens ont pu se lancer grâce au ZUT. Mais c’est lourd à porter quand on n’est pas soutenu. Alors, aujourd’hui, je déteste toujours autant l’idée de “famille théâtrale”, je mixe les projets, les gens avec qui je travaille, je fais toujours plus de rencontres et je cherche toujours à avancer loin d’un chemin qui serait tracé…
E.W.
“La Griffe”, jusqu’au 13/1, Théâtre de la Place des Martyrs, place des Martyrs, 22 – 1000 Bruxelles. Rés. : 02223 32 08. www.theatredesmartyrs.be -
(TBX n° 343, Page 9, paru le 2010-01-19)
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