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La Tribune de Bruxelles n° 077 - Paru le JEUDI 10 JUIN



TBX n° : 077
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RENCONTRE

Dieudonné : son drôle de mea culpa

Il a la vivacité saisissante des grands fauves tranquilles. Une silhouette massive. Un regard curieux. Un visage un peu figé, qui se départit peu de son sérieux. Il faut dire que l'heure n'est pas à la gaudriole. Dieudonné sort d'un enfer. Banni, honni par les médias, essentiellement français, largement écorché, poursuivi en justice à la suite d'un sketch télévisé dans lequel, déguisé en "fondamentaliste sioniste", il ébauchait, dans une improvisation qui dérapa quelque peu, un salut d'inspiration hitlérienne. C'était le 1er décembre dernier, dans l'émission de Marc-Olivier Fogiel, On ne peut pas plaire à tout le monde, sur France 3.

Une grosse affaire


Dieudonné est devenu star malgré lui d'une impressionnante saga. A l'origine, ce rôle limite d'antihéros, mi-inconscient, mi-provocateur dans une parodie qualifiée au bas mot de "goût douteux". Suivirent un enchaînement de réactions affolant, un boycott médiatique oppressant. Mais qui n'avait rien d'une conspiration du silence puisque Dieudonné se retrouvait au contraire, "impuissant" dit-il ("On ne me laissait plus m'exprimer") au coeur d'une polémique plutôt bruyante. Poursuivi pour diffamation raciale à la suite du sketch, interdit d'Olympia en février, Dieudonné est relaxé le 27 mai dernier par le tribunal correctionnel de Paris. Mais il est condamné en première instance au tribunal correctionnel d'Avignon, pour "propos racistes" et "injures raciales" visant les juifs, rapportés dans Le Monde du 7 janvier. L'affaire doit encore aller en appel. Dieudonné avait pu toutefois se produire en Belgique, notamment à Woluwe, après une décision en référé du Conseil d'Etat plaidant en sa faveur. Voilà pour les faits.
Au cours de ce feuilleton pesant, il a été soutenu par des artistes et humoristes, belges notamment. Il ne les cite pas tous mais dit qu'il aime en vrac Godin, Poelvoorde, avec qui il rêve de travailler, Laurence Bibot, qu'il a vue en spectacle. Mais aussi les Français des Guignols, Delépine, Christophe Alévêque. Et les "classiques", Coluche, Desproges, Daniel Prévost.

Culte de l'impro


Sauf pour l'une ou l'autre référence anglo-saxonne comme Jerry Lewis ou Eddie Murphy ("Je ne parle pas l'anglais."), Dieudonné affectionne une joyeuse clique francophone qui brille un peu par sa "political incorrectness"... "Oui, enfin non. C'est de l'humour qui me parle en tout cas. Si c'était de la musique, je vous dirais que c'est du jazz." Oui, on voit, avec ce sens sacré de l'improvisation, de la spontanéité, avec les dérapages que cela peut induire parfois? "L'humour est une succession de dérapages, mais cette affaire est surtout une démonstration de force de la propagande sioniste en Europe. Je pense que c'était pour dissuader les humoristes d'aborder le sujet d'Israël. On ne peut pas critiquer l'extrême-droite juive en France." Bigre, il n'en démord pas.
Dieudonné a repris du poil de la bête et se pose en militant, un rôle dans lequel on lui reproche de moins divertir, forcément.
Son fameux sketch, il ne le voit pas comme une bavure? "En tout cas, la justice en a décidé autrement. J'ai été relaxé." Une décision basée sur la liberté d'expression. On pourrait donc, en gros, se gausser de tout. D'autres avaient, avant lui, commis pires outrages verbaux, Pierre Desproges. Et Coluche. "Oui mais pas besoin d'aller si loin. "Un Michel Leeb aussi", s'empresse-t-il d'ajouter, rappelant que ce dernier a donné dans la parodie africaine, avec danses tribales et démangeaisons sous les aisselles. Quelles sont les limites du comique selon Dieudonné? "Je ne sais pas. Rien, sauf ce qui peut appeler à la haine de l'autre. Je perturbe mais je n'incite pas à la haine."

La télé, cette muse


Ces ressorts le font vibrer: "Pression, expression, interprétation."
"Sa" polémique, née d'une séquence télé aura, dit-il, au moins eu le mérite de lui donner des idées, avec ce qu'il nomme la bêtise humaine comme source de création. Il a pondu un show de trois heures, ramené à une heure de scène qu'il nous livrera le 19 juin au Cirque Royal. Intitulé Mes excuses. Avec ce commentaire en exergue : "Quand le doute s'installe, la dérision s'impose. Je vous invite à venir rire avec moi sans aucune limite."
Il y parle de télé ("très instrumentalisée. C'est pitoyable de voir comment des hystériques comme Fogiel s'accrochent à leur statut de vedette"), pratique aussi, selon lui, un peu d'autodérision, fustige "l'imbécillité et la lâcheté", à sa sauce. Mais ne compte pas s'enferrer dans ce schéma de mea culpa. "Après 6 mois, je passe à autre chose."
Dieudonné vient d'ailleurs d'écrire deux films, "Il y en a un sur le gril, Le Code Noir, un film d'action qui se déroule au 17e siècle dans les Antilles françaises. On y vend des hommes sur le marché. Avec François Cluzet, Daniel Prévost, Jean Dujardin, Claude Rich... Et puis un film sur Judas, en cours de production aussi. Ce sont des projets ambitieux et en France, pour monter un film, il faut faire partie de réseaux." Comprenons qu'il n'est pas encore partout, sans doute, en parfaite odeur de sainteté.
Show > Mes excuses, le 19/6 au Cirque Royal. Rés.: 02 / 218 20 15.
mais je n'incite pas
à la haine", dixit le principal intéressé.M. GRONEMBERGER. DR -
(TBX n° 077, Page 12, paru le 2004-06-10)

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