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La Tribune de Bruxelles n° 077 - Paru le JEUDI 10 JUIN



TBX n° : 077
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COSMO

Les Portugais de Bruxelles

Dossier


Nicolas De Kuyssche
C'est désormais prouvé: l'esplanade du Cinquantenaire est presque trop petite pour contenir tout ce que Bruxelles compte de Portugais. On l'a vu dimanche 6 juin, lors du rendez-vous donné par l'Ambassade à l'occasion de la fête nationale. De loin, on aurait dit un concours de barbecue entre sardines et petits os. L'arbitrage est assuré par une quarantaine d'associations, colonne vertébrale de la communauté portugaise.
Elles sont toutes présentées dans le petit bouquin que tend Mario Campolargo, figure de proue du Movimento de Acçao e Reflexado. Publiée il y a trois ans par son association, la brochure est le guide du parfait immigré portugais. Sans moquerie aucune, on pourrait d'ailleurs dire que c'est ce qu'est Mario Campolargo.

Cas d'école


Devenu eurocrate il y a 14 ans, il s'engage simultanément dans l'associatif. Une immigration de luxe -
"c'est vous qui le dites"- métissée avec un bénévolat communautaire - "en général, les eurocrates ne se mélangent pas beaucoup avec leurs compatriotes arrivés en Belgique pour des raisons économiques".
Point de vue historique, l'immigration portugaise est un cas d'école qui rassemble successivement les trois grandes causes des flux migratoires vers la Belgique. Dans les années 60, elle est d'abord politique -le Portugal, jusqu'en 1974, connaît la plus longue dictature du continent- mais aussi économique: la main d'oeuvre des régions minières du Portugal renforce celle de Wallonie.

La crise


Dans les années 80, après leur adhésion à l'Union européenne, les Portugais arrivent chez nous, femme et enfants sous le bras, sans contrat de travail dans la majorité des cas. Enfin, quelques années après, les premiers eurocrates portugais découvrent le quartier Léopold.
Depuis peu, l'immigration portugaise a considérablement ralenti. Cependant,
"les associations portugaises les plus engagées socialement reconnaissent qu'il y a un afflux continu de jeunes", explique l'eurocrate. L'immigration à motifs économiques existe encore. "Il nous arrive de recevoir des mails de jeunes Portugais qui nous demandent quelles sont leurs chances en Belgique", confirme Antonio Tome, le président de l'APEB, la plus ancienne association portugaise en Belgique.
C'est la même question que se posait Manuel Silva Pinto en 1995, lorsqu'il avait 22 ans. "En Belgique, les salaires sont incontestablement plus élevés qu'au Portugal, où, par exemple, il m'était impossible de faire des économies." Employé dans une société de nettoyage, il est l'une des chevilles ouvrières de la cafétéria du club de foot "Os Belenenses". Avant et après les matchs, tous se retrouvent ici, à 20 mètres de la place Flagey, autour d'un verre de Super Bock, la bière de chez eux. Comme souvent, voire toujours, le foot n'est qu'une excuse pour faire la fête. -
(TBX n° 077, Page 8, paru le 2004-06-10)

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