logo tbx La Tribune de Bruxelles

Du luminaire en veux-tu en voilà


L’enseigne Stéphane Davidts cache l’un des rares fabricants belges d’éclairage, de luminaires et d’abat-jour design. Ici, de la liseuse aux lampes à poser ou aux plafonniers, ces Bruxellois de tout temps fabriquent presque tout ce qu’ils vendent, de A jusqu’à Z.

Au cœur de Montjoie-Longchamps, un showroom sans prétention occupe deux maisons récemment remembrées. Derrière s’étend l’empire de Stéphane Davidts, roi du luminaire design et de l’abat-jour home made. Depuis vingt ans, l’atelier bruxellois n’a cessé de grandir, pour produire appliques, lampadaires, plafonniers, spots, etc. “100 % belges”, sourit Stéphane Davidts, rejoint à la barre par un de ses frères et, désormais, son fils.
“Mes parents étaient droguistes tout près d’ici. Ma mère prenait le tram pour aller… accoucher à Sainte-Elisabeth. Elle a eu cinq fils, dont moi.” Ses humanités au collège Saint-Pierre dans le dos, l’homme a patiemment gravi les échelons chez un imprimeur ixellois. D’abord standardiste, Davidts y apprend la compta, la facturation, le contact avec les gros clients. Promu chef d’atelier, le même change de veste et se lance dans la fabrication de carcasses de lampes avec un voisin de rue, fraîchement viré de sa boîte.

Au… Bois de la Cambre

L’idée de créer “une collection dans l’air du temps” taraude bientôt le plus entreprenant des deux. Davidts acquiert ainsi un entrepôt, rue de Liverpool à Molenbeek. Lequel appartient au PTB, le parti lilliputien des radicalistes de gauche ! “On est resté dans cette partie insécurisée de Bruxelles tant qu’on a pu.” Par hasard, le Bruxellois tombe sur une vieille usine de dinanderie à vendre à Uccle. Sans coup férir, l’Ucclois jusqu’à la moelle achète “cette firme bruxelloise, qui fabriquait des cache-pots, porte-parapluies, poêlons, cafetières, bouilloires depuis la fin de la guerre.”
En plein quartier résidentiel adossé à la Forêt de Soignes et au Bois de la Cambre, une partie du personnel récupéré, son savoir-faire et les bains d’électrolyse serviront donc désormais à débarrasser chaque pièce de métal traitée des salissures, griffes, imperfections (étape obligée du “bronzage”). “Ma philosophie a toujours été de dire que tout ce que je vends, je dois le fabriquer moi-même.” Par conséquent, ses 40 ouvriers artisans scient et usinent toutes sortes de profilés requis pour aider à assembler soquets d’ampoule – “800 à 900 par semaine” -, socles de lampe, plafonniers, etc.

Pinces à linge-outils !

Sur l’arrière de l’affaire familiale, la petite chaîne d’ateliers intégrés fabrique d’abord en première instance toutes sortes d’abat-jour. Ainsi, dans la première pièce de la maison, quelques centaines de gabarits voisinent des matières nobles déclinées dans un peu plus d’une centaine de coloris. Généreusement, un ouvrier artisan spécialisé taille dedans, après avoir tracé les traits du patron retenu au petit crayon noir ou à la craie. Pour la précision, aucune machine n’arrive à sa cheville.
Non loin, une collègue colle les abat-jour découpés avec dextérité dans le tissu sur une carcasse peinte à l’époxy blanc, fabriquée ailleurs. Durant la prise, la solidarité entre tissu et métal est assurée aux… bonnes et vieilles pinces à linge en bois. Plus loin, des ouvrières bardent, découpent ce qui dépasse, rabattent les coutures, masquent les formes à taire par de petits rubans ajustés. A l’arrière, l’entrepôt mécanique multiplie, lui aussi, les postes de travail. Là, machines à découper les tôles et plusieurs tours à l’âge canonique occupent la tête de gondole.
Sur des mandrins adaptés, plusieurs opérateurs repoussent de la tôle de laiton ou du nickel chrome pour fabriquer tous les types d’articles de lustrerie et d’éclairage commercialisés par les ateliers Davidts. Ailleurs, un trio d’ouvriers soude à la brasure d’argent. A tout va, d’autres fraisent, polissent, patinent, bronzent. D’autres encore nettoient la matière imprégnée de graisses dans divers bains (savon et ultrasons), à la sciure et à l’air comprimé. Enfin, “emballé-pesé” : chaque pièce est conditionnée pour séduire un particulier ou un commerçant soucieux de démarquer leur intérieur.


Circuits particuliers
Pour l’essentiel, distribution et commercialisation ont opté pour un circuit patiemment construit de grossistes et d’agents exclusifs en éclairage. En ne négligeant pas pour autant les installateurs et les bureaux d’architecture intérieure. “A part le particulier habitant à proximité (Uccle, Rhode,…), notre client idéal vient d’emménager. A côté des lieux privés, il y a des tas d’endroits semi-publics : hôtels, restos, établissements de luxe où on aménage encore une ou plusieurs chambres; on décide d’éclairer les tableaux. A La Villa Lorraine par exemple, on finit un hall.”

Caverne d’Ali Baba
A part la tréfilerie – “tâche externalisée” – servant à fabriquer les carcasses d’éclairage, tout ici est fait maison, “de A à Z”, du premier écrou à fixer ou mortaise à fraiser pour câbler au moindre profilé design pour assurer une belle finition. On vous parle donc d’appliques, de luminaires, liseuses, lampes à poser, lampadaires, suspensions, spots à poser, plafonniers spots, plafonniers opalins, d’uplighters, et même d’éclairage personnalisé pour tableaux. Il faut aussi compter les tissus aux 120 coloris pour confectionner les abat-jour selon la forme désignée par le client : plissés écrus, cotons issus de métiers à tisser gantois, soies et cartons européens, lins d’Inde.


Davidts Lighting
Chaussée de Waterloo, 852-854 – 1180 Uccle.
Ouvert du lundi au vendredi entre 9-12h et 13-18h,
Tél. : 02 375 76 46 www.davidts.com

Philippe Golard
Ph. B. Maindiaux