Ecole et cyberbulling, attention, danger

Diane Drory : “L’échec, ce n’est pas ça qui est important. L’important, c’est ce qu’on en fait.” (Photo Johanna De Tessières)
La rentrée des classes, c’est demain. Diane Drory, qui suit les enfants en tant que psychologue depuis 35 ans, nous décrypte les nouveaux dangers qui peuvent menacer enfants et ados d’aujourd’hui.
Diane Drory est psychanalyste et psychologue. Depuis 35 ans, elle reçoit en consultation des enfants de tous âges pour les écouter et les emmener vers un mieux-être. Et c’est loin d’être évident dans une société où la rapidité, la réussite sont la règle ! Elle publiait l’année dernière son 4e livre aux éditions Soliflor : “Zéro est arrivé” où, à travers 30 cas réels, elle offre des pistes de réflexion pour les parents dont les enfants ont des problèmes (trouble de l’attention, anxiété, hyperkinésie,…). Dans un style simple mais pesé, avec humour et humanité, sans vulgariser à outrance. En cette rentrée scolaire, elle nous livre son analyse avant de tenir une conférence sur le sujet le 8 octobre prochain, à Bruxelles.
Les enfants de maintenant sont très différents de ceux “d’avant” ?
Ils vivent surtout dans une culture très différente. Avec la contraception, on est entré dans l’ère de l’enfant désiré. Ce qui entraîne un stress supplémentaire car les parents ressentent une responsabilisation accrue : puisque cet enfant est désiré, il faut réussir avec lui, il faut lui donner les moyens de réussir. Et la réussite scolaire est au premier plan.
Un sujet que vous avez abordé à travers “Zéro est arrivé”.
Oui car la réussite est devenue une terrible source de tension, on n’accepte plus les échecs et presque inconsciemment, les parents poussent les enfants toujours plus haut : on leur achète des jouets au-dessus de leur âge, on s’extasie quand à deux ans, ils savent faire une addition, on conduit sans le vouloir vraiment les enfants vers un savoir d’adulte. Et même si on ne les pousse pas ouvertement à être premier de classe, les enfants le ressentent ainsi. Pour montrer leur loyauté et leur amour, ils se disent que le meilleur enfant pour les meilleurs parents qu’il a, c’est un enfant qui doit réussir à l’école. Dans certains cas (et de plus en plus), quand il rencontre un échec, l’enfant est cassé, démuni. Dans d’autres cas, il développe un comportement à problème : un enfant qui ne reste pas en place, c’est souvent un enfant qui ne trouve pas sa place ! Ce n’est pas simple d’être parent, ni d’être enfant aujourd’hui…
Et ça se soigne, docteur ?
Bien sûr ! D’abord, il faut vraiment mener une réflexion personnelle devant cette sorte de pensée unique, “la réussite est la seule voie”; il faut aussi accompagner ses enfants dans leur scolarité en leur laissant de l’air et détendre les relations que les parents peuvent entretenir avec l’école : chaque parent voudrait bien que l’école s’adapte à chaque individualité. Mais c’est impossible et cela crée de la colère, des tensions, accentuées par le fait que nombre d’enfants sont encore en attente dans le secondaire. Les jeunes ressentent cela, et le matérialisent dans un comportement agressif souvent quand ils sont à l’école.
Vous abordez le cyberbulling.
Le harcèlement entre enfants a toujours existé. Mais quand les harcelés rentraient chez eux, ils pouvaient avoir une bulle de sécurité, pour souffler… Aujourd’hui, ils reçoivent des GSM d’injures, ils ouvrent MSN et continuent à être la proie de mauvaises plaisanteries. C’est sans relâche. Cela peut devenir un enfer.
Que faire devant ce phénomène ?
Les parents ont une nouvelle responsabilité éducative qui est souvent sous-estimée : c’est l’éducation aux nouvelles technologies. On dit souvent : les jeunes “savent mieux que nous” par rapport à internet et à tout cet univers IT. Mais non ! Ils n’en connaissent que peu les dangers ! Souvent le harceleur ne comprend pas le mal qu’il commet ; pour lui, c’est une blague. Personne ne lui a expliqué les conséquences possibles. Le harcelé, lui, se retrouve seul, coincé, puisqu’on part du principe que toutes ces nouvelles technologies lui facilitent la vie. Les parents doivent montrer qu’ils sont intéressés par l’activité de leurs enfants, qu’ils sont à l’écoute…
Un petit conseil à donner à la veille de la rentrée des classes ?
Un petit mot aux parents : la scolarité appartient aux enfants, pas aux parents. Les parents n’ont pas à se précipiter sur le cartable, sortir le journal de classe, etc. C’est l’enfant qui doit partager son environnement scolaire avec ses parents, c’est très différent !
“Zéro est arrivé”, Ed. Soliflor, 15 €. Conf. le 8/10 à 18h30 à la librairie U.O.P.C., avenue Gustave Demey 14-16 - 1160 Auderghem. Entrée gratuite sur réservation au 02 537 50 50 ou 02 648 96 89.
E.W.